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title: "Le hareng en peinture : de Van Gogh à Soutine — Joseph Rethlin"
url: "https://joseph-rethlin.com/2026/10/03/le-hareng-en-peinture-de-van-gogh-a-soutine/"
date: 2026-10-03
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# Le hareng en peinture : de Van Gogh à Soutine

Le hareng : comment peindre l’essentiel
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J’aime les choses qui n’ont rien à prouver. Le [hareng](https://shs.cairn.info/revue-poetique-2020-2-page-211?lang=fr) en fait partie. C’est un poisson simple, familier, longtemps associé à une [cuisine](https://joseph-rethlin.com/produit/dans-la-cuisine/) modeste. Et pourtant, lorsqu’on le regarde vraiment, il est d’une richesse étonnante.

[Frais, son corps capte la lumière](https://joseph-rethlin.com/produit/harengs-frais-et-oignions-rouges/). Le dos prend des nuances de bleu, de vert, de gris, tandis que le ventre renvoie des éclats d’argent. Sa peau semble changer selon l’angle et selon la lumière. Le hareng saur raconte autre chose : les mêmes formes, mais une matière transformée par le sel et la fumée. Les gris deviennent des bruns, des ocres, des reflets cuivrés. La lumière est moins immédiate, plus sourde.

Le hareng n’arrive pas seul dans mon atelier. Il arrive avec une histoire.
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Il suffit de penser à [Van Gogh](https://joseph-rethlin.com/produit/les-tournesols/). En mars 1889, alors qu’il est à Arles, [Paul Signac](https://www.beauxarts.com/artiste/paul-signac/?srsltid=AU7gw4VKvZ2fTkf2eur4yaNElX6Ac8ktJgBp5OgW34kXsk-TIonDZg_0) vient lui rendre visite. Les deux peintres se retrouvent autour de la peinture, de la couleur et de leur amitié. Au moment de son départ, Van Gogh lui offre une petite [nature morte](https://joseph-rethlin.com/produit/une-assiette-de-citrons/) représentant [deux harengs](https://www.theartnewspaper.com/2021/12/03/the-secret-behind-van-goghs-satirical-herring-still-life) fumés. Dans une lettre à son frère Théo, il raconte lui-même ce geste. Le tableau est devenu le souvenir de cette rencontre entre deux peintres.

Rien de spectaculaire. Rien de noble en apparence. Et pourtant Van Gogh en fait une peinture vibrante, construite autour de [couleurs](https://joseph-rethlin.com/produit/bouquet-de-fleurs/) franches et du contraste entre les jaunes et les bleus. Le poisson devient peinture sans cesser d’être un poisson.

Un sujet qui traverse la peinture
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Van Gogh n’est évidemment pas le premier à s’intéresser au hareng.

Bien avant lui, le poisson apparaît régulièrement dans les natures mortes flamandes et hollandaises du XVIIᵉ siècle. Chez [Pieter Claesz](https://www.nga.gov/artists/18426-pieter-claesz), [Willem Heda](https://www.nga.gov/artists/32-willem-claesz-heda) ou [Osias Beert](https://www.florencedevoldere.com/artistes/osias-beert-lancien), les [harengs](https://joseph-rethlin.com/produit/les-harengs/) fumés côtoient le pain, les verres, les huîtres et quelques [objets du quotidien](https://joseph-rethlin.com/joseph-rethlin/).

Ces peintures me touchent par leur simplicité. Il n’y a pas forcément besoin d’un sujet spectaculaire pour construire une image forte. Un poisson, un morceau de pain, une assiette et un verre peuvent suffire. La lumière, les matières et la composition font le reste.

Le hareng y est aussi associé à une nourriture simple, parfois à la frugalité. Il rappelle que la nature morte ne parle pas seulement de richesse et d’abondance, mais aussi de ce que l’on mange au quotidien.

Un siècle plus tard, en Espagne, [Luis Meléndez](https://fr.wikipedia.org/wiki/Nature_morte_aux_harengs_et_c%C3%A9bettes) peint lui aussi le hareng. Dans sa *Nature morte aux harengs, cébettes et pain*, réalisée vers 1760-1770 et conservée au musée du Prado, le poisson est accompagné de quelques aliments très simples. Là encore, rien de spectaculaire : des harengs, du pain, des cébettes.

Ce qui m’intéresse dans cette peinture, c’est cette économie de moyens. Le sujet est pauvre, mais la peinture ne l’est pas. Au contraire, chaque matière compte : la peau du poisson, le pain, les cébettes, les textures, les ombres.

Le hareng traverse ainsi les siècles sans perdre ce qui fait sa force : il reste un aliment ordinaire, mais il offre au peintre une matière extraordinairement riche.

Puis arrive Soutine, qui va complètement bouleverser cette manière de regarder le poisson.

Soutine : quand le hareng devient presque humain
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Sa *[Nature morte aux harengs](https://arthive.com/fr/artists/26869~Chaim_Soutine/works/481686~Nature_morte_avec_hareng)*, vers 1916, me frappe pour une raison très différente. Chez lui, le hareng n’est plus simplement un aliment posé sur une table. Il devient presque un corps.

Trois [poissons](https://joseph-rethlin.com/produit/deux-maquereaux-sur-un-plat/) maigres, étirés, tordus, semblent avoir perdu toute possibilité de mouvement. Leurs yeux, leurs corps déformés, les fourchettes qui les entourent donnent à la scène quelque chose de profondément troublant. On peut y voir une évocation de la faim, de la souffrance ou même de la mort.

Soutine connaissait intimement la pauvreté. Né dans une famille juive très modeste de Smilovitchi, près de Minsk, il arrive à Paris en 1912 et connaît des années difficiles. Cette réalité a souvent nourri les lectures très sombres de son œuvre. Mais je préfère ne pas réduire ses harengs à sa biographie. Ce qui me touche surtout, c’est la manière dont il parvient à faire basculer un sujet aussi banal dans quelque chose de presque humain.

Chez Soutine, le poisson n’est plus seulement regardé : il semble souffrir.

La peinture devient alors physique. Les formes se tordent, les couleurs s’affrontent, la matière semble vibrer. Le Musée de l’Orangerie souligne justement, dans ses natures mortes, ces déformations, ces touches nerveuses et cette tension qui transforme des animaux morts en présences presque inquiétantes.

### Mon regard

Je ne cherche ni l’une ni l’autre de ces intensités. Mon regard est différent. Mais ces peintres me rappellent quelque chose d’essentiel : en peinture, le sujet compte parfois moins que le regard que l’on pose sur lui.

C’est aussi ce que je cherche dans mon travail. Une lumière, une matière, une forme simple. Quelque chose de quotidien qui, une fois posé sur la toile, prend une présence nouvelle sans perdre ce qu’il est.

Avec le hareng frais, je retrouve la lumière froide et changeante de sa peau. Avec le hareng saur, des ocres, des bruns, des gris et des reflets cuivrés. Dans les deux cas, une forme dépouillée qui m’oblige à aller à l’essentiel.

[Deux harengs, quelques couleurs, un plat.](https://joseph-rethlin.com/produit/harengs-frais-et-oignions-rouges/)

Parfois, cela suffit.

[![Harengs dans la peinture. Nature morte contemporaine avec harengs et citron.
harengs et citron](https://joseph-rethlin.com/wp-content/uploads/2025/12/heerings-and-lemon.jpg)](https://joseph-rethlin.com/produit/nature-morte-harengs-et-citron/)
