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title: Les citrons dans la peinture — Joseph Rethlin
url: https://joseph-rethlin.com/2025/10/20/les-citrons-dans-la-peinture/
date: 2025-10-20
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# Les citrons dans la peinture

“Un citron, c’est une lumière qu’on peut tenir dans la main.”©



Il y a longtemps que je regarde les citrons autrement. Ce n’est plus seulement un fruit, c’est une forme de lumière, un morceau de soleil posé sur une table. Dans l’atelier, il attire l’œil, capte tout ce qui l’entoure, renvoie des reflets d’or et de vert.Quand je peins un citron, j’ai toujours l’impression de peindre la vie dans sa simplicité la plus vibrante.



La beauté du banal



J’aime les objets du quotidien, ceux que l’on croise sans vraiment les voir. Pourtant, certains imposent naturellement leur présence. Le citron est de ceux-là.



Dès le premier regard, son jaune éclatant attire l’attention. En effet, il possède une intensité presque insolente. De plus, sa peau irrégulière capte la lumière et révèle une infinité de nuances.



Par ailleurs, le citron porte avec lui tout un imaginaire. Il évoque la cuisine, les repas partagés et la chaleur des jours d’été. Il suggère également le geste simple de la main qui presse le fruit. Ainsi, un objet familier devient porteur de souvenirs et de sensations.



Toutefois, lorsque j’entre dans l’atelier, le citron change de nature. Il cesse d’être un simple fruit. Dès lors, il devient matière, volume et lumière. Il devient peinture.



J’aime particulièrement cette transformation. En effet, derrière sa simplicité apparente se cache une grande richesse plastique. Chaque citron offre un terrain d’exploration pour la couleur, les formes et les contrastes.



Enfin, je retrouve dans ce motif un équilibre qui me touche. D’un côté, il y a la douceur de la lumière et des courbes. De l’autre, l’acidité, la tension et la précision des formes. En définitive, chaque citron contient un dialogue subtil entre sensualité et rigueur.



Héritage des maîtres



Quand je regarde un citron peint par Chardin, je sens le silence. Chez Willem Kalf, c’est le luxe du détail, la virtuosité du pinceau.Et chez Cézanne, c’est presque un combat, le citron devient forme pure, architecture. Et ceux de Matisse, Van Gogh, Braque, Bonnard, Miró,Manet, Picasso ; tellement de représentations, tellement de petites planètes jaunes dans la peinture. Et le citron de Manet, tout seul sur son assiette.Ces peintres me rappellent que le simple peut devenir universel quand on le regarde vraiment.



Le citron, un miroir de soi



« Plein de lumière, mais avec une pointe d’amertume. »©C’est peut-être pour cela que je peins des citrons. Ils ont quelque chose d’humain : la douceur qui attire, et l’acidité qui réveille.C’est un sujet humble, sans prétention, mais il contient tout : la couleur, la texture, le parfum, le temps qui passe.Sous la lumière, il devient presque vivant.Et dans le silence de l’atelier, quand le pinceau cherche le bon ton de jaune, j’ai parfois l’impression de dialoguer avec lui.



Peindre la lumière



Le citron, c’est un prétexte pour peindre la lumière elle-même.Pas celle du soleil éclatant, mais une lumière intime, contenue, qui semble venir de l’intérieur du fruit.Chaque nuance de jaune est un monde.Chaque ombre est une respiration.Et au fond, c’est peut-être cela que je cherche en peignant : cette vibration simple et sincère qui relie la matière à la lumière.



Joseph Rethlin©


Joseph Rethlin


Du soleil dans l’assiette
